Échange chaleureux entre une aide-soignante et une résidente en EHPAD
Publié le 8 février 2026
Quand une famille me contacte pour la première fois, la question revient systématiquement : « Mais concrètement, il va faire quoi de ses journées ? » Derrière cette interrogation, j’entends l’angoisse de l’ennui, la peur du mouroir, la culpabilité de ne plus pouvoir assumer seul. Ces inquiétudes sont légitimes. Et soyons honnêtes : tous les établissements ne se valent pas. Ce qui suit vous donnera les clés pour distinguer un quotidien en EHPAD réellement stimulant d’une routine d’attente passive.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Chaque situation est unique : les équipes soignantes de l’établissement restent vos interlocuteurs privilégiés pour le suivi de votre proche.

Le quotidien en EHPAD en 4 points clés

  • Rythme structuré mais personnalisable selon les souhaits du résident
  • 4 moments de repas quotidiens avec menus adaptés aux besoins nutritionnels
  • Activités variées (cognitives, physiques, sociales) proposées mais jamais imposées
  • Accompagnement différencié selon le niveau d’autonomie (GIR)

Une journée en EHPAD : ce qui se passe vraiment derrière les portes

Je me souviens de Mme Germaine, une ancienne institutrice de 84 ans que j’ai accompagnée lors de son entrée dans un établissement du 13ème arrondissement de Marseille en 2023. Sa fille m’appelait en larmes chaque semaine pendant les trois premiers mois : sa mère refusait catégoriquement de sortir de sa chambre. Sur le papier, le planning affiché promettait mille merveilles. Dans la réalité, l’adaptation a pris du temps. Germaine gardait son pull violet préféré sur le dossier de sa chaise et pestait contre « ces activités pour gamins ».

La CNSA rappelle que l’organisation quotidienne en EHPAD repose sur l’accompagnement dans les actes essentiels : lever, coucher, toilette, repas. Ce cadre officiel, c’est la théorie. Sur le terrain, je constate que la qualité de l’accompagnement varie énormément d’un établissement à l’autre.


  • Lever progressif et toilette accompagnée selon les besoins

  • Petit-déjeuner en salle commune ou en chambre

  • Activités du matin, soins, temps libre

  • Déjeuner en salle à manger

  • Sieste ou activités de l’après-midi

  • Goûter et collation

  • Temps libre, visites des familles

  • Dîner

Ce planning, je le vois affiché partout. Ce que les familles ignorent souvent, c’est que ce cadre est adaptable. Germaine, par exemple, détestait se lever avant 9h. Après discussion avec l’équipe, elle a pu conserver ce rythme. L’animatrice a fini par découvrir sa passion pour les mots croisés et l’a intégrée à un petit groupe de trois personnes. Aujourd’hui, elle participe. Mais elle refuse toujours la gym douce (et c’est son droit).

Depuis la loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024, les résidents ont d’ailleurs le droit de recevoir des visites chaque jour sans avoir à en informer l’établissement au préalable. Ce détail peut sembler anodin, mais il change beaucoup la perception du « placement » : votre proche n’est pas enfermé.

Les activités qui changent vraiment le quotidien des résidents

Franchement, certains établissements se contentent du minimum : un loto le mardi, un film le jeudi. D’autres proposent un vrai projet d’animation pensé pour maintenir les capacités. La différence se voit dans les yeux des résidents. Quand je visite un établissement, je demande toujours à voir le planning de la semaine passée, pas celui à venir. Un planning futur peut être idéalisé. Celui de la semaine écoulée montre ce qui se fait vraiment.

Si vous cherchez des EHPAD dans le 13ème à Paris ou ailleurs, posez systématiquement cette question lors de la visite. Vous en apprendrez plus qu’avec n’importe quelle plaquette commerciale.

Stimulation cognitive : les ateliers qui maintiennent l’esprit vif

Les ateliers mémoire, les jeux de société, les discussions thématiques : ces activités ne sont pas là pour « occuper » les résidents. Elles participent au maintien des fonctions cognitives. La Haute Autorité de Santé préconise un accompagnement personnalisé selon les caractéristiques cognitives de chaque résident.

Ce qui me frappe à chaque visite : les résidents qui participent régulièrement à ces ateliers conservent plus longtemps leur capacité de conversation. Ce n’est pas une garantie absolue, mais dans les dossiers que j’accompagne, la corrélation est visible.

Activités physiques adaptées : bouger selon ses capacités

La gym douce, les exercices d’équilibre, la marche accompagnée dans le jardin : ces activités réduisent le risque de chutes et maintiennent la mobilité. Certains établissements proposent même de l’aquagym pour les résidents encore valides. L’essentiel, c’est l’adaptation au profil de chacun.

Conseil pro : Demandez à voir le planning d’animation de la semaine passée, pas celui à venir. Un planning futur peut être idéalisé. Celui de la semaine écoulée montre ce qui se fait vraiment.

Le lien social : sorties, intergénérationnel et vie collective

Les sorties au marché, les interventions d’écoliers, les fêtes d’anniversaire collectives : ces moments rompent l’isolement. J’ai vu des résidents revivre grâce à la visite hebdomadaire d’une classe de maternelle. Le contact avec les enfants déclenche quelque chose que les activités entre pairs ne produisent pas toujours.

Attention toutefois : toutes ces activités sont proposées, jamais imposées. Un résident qui préfère rester dans sa chambre a parfaitement le droit de refuser. L’accompagnement consiste alors à respecter ce choix tout en proposant régulièrement des alternatives.

Repas en EHPAD : entre nutrition adaptée et plaisir de manger

4 repas

par jour en EHPAD (3 repas + 1 collation)

Je pense à M. Robert, un ancien chef cuisinier de 79 ans dont la famille m’avait contactée pour trouver un établissement à Lyon. Robert ne supportait pas les repas « standardisés ». Pendant les premières semaines, il refusait de manger. Perte de poids inquiétante, médecin coordinateur alerté, tension avec la famille. La solution ? Un transfert vers un EHPAD avec cuisine traditionnelle sur place, pas de liaison froide. Robert a même pu participer ponctuellement à un atelier cuisine avec l’accord du chef. Il reste critique sur les desserts industriels, mais il mange.

Moment de repas convivial entre résidents en EHPAD
Le repas reste un moment central de la journée

Le Haut Conseil de la Santé Publique souligne l’importance du plaisir de manger pour prévenir la dénutrition chez les plus de 75 ans. Ce n’est pas un détail : pour certains profils, la qualité des repas est LE critère de qualité de vie. Quand vous visitez un établissement, essayez de venir à l’heure du déjeuner. L’ambiance en salle à manger en dit plus qu’un entretien avec la direction.

Pour approfondir les questions nutritionnelles liées au vieillissement, vous pouvez consulter les conseils sur l’alimentation pour préserver sa santé en vieillissant.

7 questions sur les repas à poser lors de votre visite

  • La cuisine est-elle sur place ou en liaison froide ?

  • Comment gérez-vous les régimes spéciaux (diabète, sans sel, texture modifiée) ?

  • Les résidents participent-ils au choix des menus ?

  • Peut-on manger en chambre si souhaité ?

  • Y a-t-il une commission menus avec les familles ?

Comment le quotidien s’adapte au niveau d’autonomie de votre proche

L’accompagnement quotidien varie radicalement selon le niveau de dépendance. D’après les dernières statistiques de la DREES publiées en novembre 2025, 85 % des résidents en EHPAD sont en perte d’autonomie (GIR 1 à 4), et plus de 55 % sont en forte perte d’autonomie (GIR 1 ou 2). Cette réalité conditionne l’organisation de chaque journée.

Le récapitulatif ci-dessous compare les trois profils types. Chaque colonne présente ce que vous pouvez attendre selon le niveau de GIR de votre proche. Ces informations vous permettent d’anticiper le type d’accompagnement nécessaire.

Comment le quotidien varie selon le GIR
Aspect GIR 5-6 (autonome) GIR 3-4 (semi-dépendant) GIR 1-2 (très dépendant)
Lever/toilette Autonome ou aide ponctuelle Aide partielle quotidienne Aide complète nécessaire
Repas Salle commune, autonomie Aide au service ou découpe Aide complète, texture adaptée
Activités Participation libre variée Activités adaptées, stimulation cognitive Stimulation sensorielle, présence
Déplacements Liberté de mouvement Aide technique (déambulateur) Fauteuil, transferts assistés
Type d’unité Classique ou résidence autonomie Classique avec suivi renforcé Unité protégée possible

Un point important : 38 % des personnes accueillies en EHPAD souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, soit 4 points de plus qu’en 2019 selon la même étude DREES. Ces résidents bénéficient généralement d’un accompagnement en unité spécialisée où le personnel est formé aux troubles cognitifs et où l’environnement est sécurisé.

Dans ma pratique, je constate que les familles sous-estiment souvent l’importance de cette adaptation. Un résident GIR 2 n’a pas les mêmes besoins qu’un GIR 5. Poser la question du taux d’encadrement par niveau lors de votre visite vous donnera une idée concrète de l’accompagnement proposé.

Vos questions sur le quotidien en EHPAD

Mon proche peut-il garder ses habitudes personnelles ?

Dans la plupart des établissements, les habitudes de vie sont respectées dans la mesure du possible : heure de lever préférée, émissions télévisées favorites, rituels du coucher. Le projet de vie individualisé, obligatoire dans tous les EHPAD, recense ces préférences. En pratique, la flexibilité dépend de l’organisation et du taux d’encadrement de chaque structure.

Que se passe-t-il si mon proche refuse de participer aux activités ?

C’est son droit le plus strict. Aucune activité n’est imposée. L’équipe d’animation proposera régulièrement des alternatives, mais sans forcer. J’ai vu des résidents refuser pendant des mois avant de trouver l’activité qui leur convenait. La patience et le respect du rythme de chacun font partie de l’accompagnement.

Les familles peuvent-elles manger avec le résident ?

La plupart des EHPAD le permettent, moyennant parfois une participation financière modique pour le repas invité. C’est un bon moyen de vérifier la qualité de la restauration et de partager un moment avec votre proche dans son quotidien.

Mon proche peut-il sortir de l’établissement avec moi ?

Oui, sauf contre-indication médicale ou mesure de protection juridique particulière. Vous pouvez emmener votre proche au restaurant, chez vous pour un week-end, ou simplement faire une promenade. Il suffit généralement de prévenir l’équipe pour organiser les soins et les repas en conséquence.

Comment sont gérés les résidents qui déambulent la nuit ?

Les unités spécialisées Alzheimer disposent d’équipements adaptés : couloirs circulaires sécurisés, portes codées, personnel de nuit formé. Pour les résidents hors unité spécialisée, des dispositifs de surveillance (détecteurs de mouvement, bracelets) peuvent être mis en place selon les besoins.

Ce qu’il faut retenir avant de visiter

La qualité de vie en EHPAD dépend moins du standing des locaux que de l’attention portée aux détails quotidiens : le temps accordé au repas, la disponibilité du personnel, la flexibilité des horaires, la variété des activités proposées. Dans les établissements que je visite, c’est souvent l’odeur dans les couloirs à 11h et le sourire des aides-soignantes qui me renseignent plus que les plaquettes commerciales.

Ce que cet article ne peut pas vous dire

  • L’organisation décrite correspond à des pratiques courantes mais varie significativement selon les établissements
  • Seule une visite sur place permet d’évaluer réellement la qualité de vie proposée
  • Les besoins spécifiques de votre proche (pathologies, niveau d’autonomie) conditionnent l’accompagnement adapté

Pour les questions médicales, le médecin coordinateur de l’EHPAD ou le médecin traitant restent vos interlocuteurs. Pour les démarches administratives, un assistant social peut vous accompagner.

La question que vous devriez vous poser maintenant : lors de votre prochaine visite d’établissement, arriverez-vous à l’heure du déjeuner pour observer ce qui compte vraiment ?

Rédigé par Nathalie Pelletier, conseillère spécialisée dans l'accompagnement des familles vers les solutions d'hébergement pour personnes âgées depuis 2016. Basée en Île-de-France, elle a accompagné plus de 400 familles dans leurs recherches d'EHPAD et résidences seniors. Son expertise porte sur l'évaluation de la qualité de vie en établissement, les démarches administratives (APA, ASH) et la préparation de l'entrée en institution. Elle intervient régulièrement auprès d'associations d'aidants familiaux.